Histoire de la médecine chinoise Histoire de la médecine chinoise

Histoire de la médecine chinoise


Période des 3 personnages légendaires « Les trois Augustes »
La tradition chinoise cite trois empereurs antiques qui seraient à l’origine des premiers écrits initiateurs de la médecine, ainsi que de quelques autres disciplines corollaires :
•    Fu Xi serait l’auteur du livre des mutations (Yi Jing).
•    Huang Di, l’empereur Jaune, aurait communiqué à son peuple les fondements de la médecine chinoise et de l’acupuncture, particulièrement à travers le célèbre Huang Di Nei Jing (Classique Interne de l’Empereur Jaune), également appelé Nei Jing.
•    Shen Nong serait l’auteur du Shen Nong Ben Cao Jing (Traité fondateur de matière médicale de Shen Nong).

Fu Xi introduit les huit trigrammes  (八卦, Bā Guà) utilisés dans le « Yi Jing ». Le Yi Jing décrit les échanges et les mutations des énergies célestes et terrestre qui permettent d’expliquer les saisons, les cycles climatiques et le destin des hommes. Le Yi Jing est l’ouvrage de référence des astrologues chinois.

Le « Huang Di Nei Jing » est connu en Europe sous le nom de « Classique de l’empereur jaune ». Il aurait été rédigé environ 700 avant JC. Il se compose de 2 tomes, respectivement le Su Wen et le Ling Shu. Le Ling Shu est le premier livre d’acupuncture où les méridiens sont décrits.

Le « Shen Nong Ben Cao Jing » est connu en Europe sous le titre « Le classique de la matière médicale du laboureur céleste ». Il décrit les propriétés des plantes médicinales chinoises, des animaux et des minéraux. Il aurait été rédigé vers l’an 0.

Période des Printemps et Automnes (722-481 avant JC)

Confucius (Kong Zi) établit un système de valeurs dont le but est l’harmonie des relations humaines. En son temps, la Chine était divisée en royaumes indépendants et belliqueux, les luttes pour l’hégémonie rendaient la situation instable et l’ancienne dynastie des Zhou avait perdu le rôle unificateur. Confucius semé les graines de l’« humanisme chinois » et ainsi, a contribué à diffuser une notion que toute chose devait vivre en harmonie avec les autres pour maintenir l’équilibre. Ce concept d’équilibre allait aboutir quelques siècles plus tard à l’harmonie du Yin et du Yang puis à l’harmonie des organes internes du corps humain tel que présenté par la médecine chinoise.

Lao Zi est connu en Europe sous le nom de Lao Tseu. Il est père fondateur du taoïsme. Il aurait rédigé le livre de la voie et de la vertu (Dao De Jing). Le taoïsme a encouragé le développement de la médecine dans le sens ou elle permettait de prolonger la vie.

Bian Que est aussi un personnage historique connu sous le nom de Qin Yue Ren. Médecin de formation, on lui attribue la découverte de l’examen par le pouls qu’il décrit dans le Nan Jing connu en Europe sous le nom de « classique des difficultés ». Dans son livre, Bian Que apporte aussi des réponses aux 81 questions sur les difficultés du Nei Jing.

Période des « royaumes combattants » (453-221 avant JC)


L’époque des « royaumes combattants » (453-221 av. J.-C.) est une période clef durant laquelle la médecine chinoise devient une « médecine savante » à part entière. La plupart des concepts théoriques et des fondements dialectiques sont élaborés à cette époque. Il est probable que la médecine chinoise a emprunté, à cette époque, un certain nombre de principes aux sciences antiques, plus particulièrement à l’astronomie, à la musique et aux mathématiques.
C’est durant cette période qu’apparaît la théorie du Yin et du Yang (Jing Qi Xue Shuo) et la théorie des 5 éléments (Wu Xing). Grâce à ces deux théories, la médecine chinoise acquiert les bases de sa théorie fondamentale.

Dynastie Qin (221 avant JC à 206 avant JC)


Mettant fin à des siècles de féodalité, elle jeta les bases administratives d’un état centralisé et favorisa l’unité culturelle du territoire, ouvrant l’histoire impériale chinoise. Malgré ses apports, son régime extrêmement autoritaire la rendit très impopulaire pour les annalistes des périodes suivantes. Au cours de cette période de nombreux lettrés et intellectuels furent soumis à la question en public au cours d’autodafés qui se soldaient par des exécutions. La dynastie fut d’ailleurs éphémère et ne survécut que trois ans à son fondateur, le premier empereur de Chine, Qin Shi Huang. L’empereur Qin Shi Huang est aussi connu sous le nom d’unificateur des 7 états chinois.

Dynastie Han occidentaux (206 avant JC à 220 après JC)


Sous la dynastie des Han occidentaux, le médecin Chun Yu apparaît comme le père de la recherche statistique médicale.

Dynastie Han orientaux (25 avant JC à 220 après JC)


Sous la dynastie des Han orientaux, le médecin Zhang Zhong Jing établi les règles de traitements et résumé l’ensemble des expériences médicales de son temps. Il a réalisé une contribution majeure au développement de la médecine chinoise.
Zhang Zhong Jing rédiga le « Shang Han Za Bing Lun » qui sera ultérieurement divisés en 2 ouvrages majeurs ; le Shang Han Lun connu en Europe sous le nom de « Traité des maladies de froid» et le Jin Kui Yao Lue connu en Europe sous le nom de « Traité de la chambre d’or » ou encore « traité du cabinet doré ». Dans son second livre, Zhang Zhong Jing aborde pour la première fois le traitement des maladies gynécologiques, pédiatriques, des maladies mentales et de la dépression.


Période Trois Royaumes (220 après JC à 265 après JC)

Hua Tuo est connu comme le premier médecin a avoir utilisé l’anesthésie en chirurgie. Il mélangeait du vin à une décoction appelé mafeisan (麻沸散, littéralement « poudre de cannabis « ). En  plus de ses compétences chirurgicales, Hua Tuo était célèbre pour sa maîtrise de l’acupuncture, de la moxibustion, de la phytothérapie et du Dao Yin (Qi Gong). Il a développé le Wuqinxi (五禽戲; littéralement « Exercice des 5 animaux « ) grâce à ses observations des mouvements du tigre, du cerf, de l’ours, du singe, et de la grue.

Huang Fu Mi (214 à 282 après JC) est un médecin d’origine modeste. Il a rédigé le Compendum Classique d’Acupuncture et de Moxibustion. Par la suite Huang Fu Mi compila une collection connue sous le nom des « Annales des Empereurs et Rois ».

Wang Shu He (210 à 285 après JC) est lui connu pour son travail colossal sur le pouls. Il est l’auteur du Mai King (classique du pouls). Ce livre décrit les apparentes incohérences du pouls et les 24 types de pouls courant de cette époque. Wang Shu He est aussi connu pour avoir divisé le « Shang Han Za Bing Lun » de Zhang Zhong Jing en « Shang Han Lun » et « Jing Kui Yao Lue ».

Période allant de 265 à 420 après JC


Ge Hong (281-314 après JC) est connu pour l’intérêt qu’il porta à la poursuite de l’immortalité et ses recherches sur les techniques censées y mener, exposées dans le Bao Pu Zi Nei Wai Bian. Ce livre est encore interdit en République Populaire de Chine car les pratiques d’éveil spirituel qui y sont décrites peuvent mener à la folie ou à l’apparition de maladies inguérissables.
Ce livre a eu une grande influence sur le développement de l’alchimie, de la pratique et de la pensée taoïste, et reste de nos jours un ouvrage de référence, malgré son abord ardu et l’aspect difficilement interprétable d’une large partie de son contenu.

Dynasties du Nord et du Sud (420-589)

Tao Hong Jing (452-536), médecin taoïste, rédigea de nombreux ouvrages sur l’herboristerie mais aussi sur l’alchimie.

Dynastie Sui (589-618)


Sun Si Miao (581-682), médecin taoïste, rédigea le Qian Jin Yao Fang, l’ouvrage médical peut-être le plus cité du premier millénaire, toujours très célèbre en Chine et dans toute l’Asie Orientale, du Japon et de la Corée au Vietnam. L’ouvrage est encore de nos jours au programme de formation des universités de médecine en chine.

Dynastie Tang (618-907)


La dynastie Tang vu naître le premier examen officiel de médecine chinoise dans l’empire du milieu. Il ne fut alors plus possible pour les usurpateurs de se paraît du titre de médecin sans avoir passé cet examen.

Au cours de la dynastie Tang, le Tang Ben Cao fut rédigé. Cet ouvrage constitue une œuvre majeure de la pharmacopée chinoise. C’est l’aboutissement du travail acharné de 23 collaborateurs dirigées par Su Jing.

Chao Yuan Fang (550-630), célèbre médecin de l’empereur Tang,  rédigea le traité d’étiologie (Zhu Bing Yuan Hou Zong Lun).

Dynastie Jing du Nord (1115-1234), dynastie Shong du Sud (1127-1273) et dynastie Yuan (1277-1367)


Cette période est principalement marquée par l’influence de quatre grands maîtres, chacun ayant fondé un courant médical spécifique, issu de son interprétation de certains aspects du Nei Jing et de son expérience clinique.

Liu Wan Su (1120-1200) développa la théorie du Feu et de la Chaleur (Huo Re Li Lun) qui repose sur le fait que les énergies pathogènes se transforment toutes en Feu. Privilégiant l’emploi de remèdes de nature froide (Han) ou fraîche (Liang), il fonda l’« école du Froid et du Frais » (Han Liang Pai).

Zhang Cong Zheng (1156-1228), considérant que l’attention doit être portée en priorité sur l’énergie pathogène plutôt que sur l’énergie droite du patient, cette dernière se restaurant naturellement quand l’agent morbide est évacué, fonda l’« école de l’Attaque et de la Purgation» (Gong Xia Pai). Les trois principales méthodes thérapeutiques préconisées par Zhang Cong Zheng sont la sudorification, la vomification et la purgation.

Témoin des nombreuses famines qui accompagnèrent l’invasion Mongol durant la dynastie Yuan, Li Dong Yuan (1180-1252) concentra son approche de la pathologie sur l’origine interne des maladies, particulièrement sur l’affaiblissement du système digestif (Rate-Estomac). Son système est appelé l’« école de la tonification de la terre» (Bu Tu Pai). Il s’appuie sur la tonification de l’énergie et du Yang de la Rate grâce à des décoctions d’ingrédients de saveur douce et de nature tiède.

Zhu Dan Xi (1280-1358), intégrant les conceptions de ses prédécesseurs à sa propre analyse et à son expérience, fut un grand spécialiste de médecine interne. Son point de vue était que le Yang est souvent en excès et le Yin en insuffisance, il suggéra comme principe directeur de son système thérapeutique l’enrichissement du Yin et le contrôle du Feu. Il est le fondateur de l’«école de l’entretien du Yin » (Yang Yin Pai).

Ces quatre écoles de la médecine chinoise constituent 4 grandes stratégies thérapeutiques. Elles sont différentes et complémentaires. Toutes eurent une influence considérable sur le développement ultérieur de la médecine chinoise jusqu’à nos jours.

Dynastie Ming (1368-1644) & dynastie Qing (1644-1911)


Cette longue période fut marquée par l’apparition de plusieurs concepts importants.
Le plus célèbre médecin des Ming est probablement Li Shi Zhen (1518-1593). Fils d’un médecin accompli, il consacra trente années de sa vie à rédiger, avec l’aide de sa famille, le traité de matière médicale le plus exhaustif de la littérature classique : le Ben Cao Gang Mu (Compendium de la matière médicale). Cette œuvre colossale décrit 1’892 ingrédients, contient plus de 1’000 illustrations et plus de 10’000 formules. Elle est riche de nombreuses informations sur la botanique, la pharmacopée, mais aussi la zoologie, la minéralogie et l’ethno-médecine, et sert encore de référence aux pharmacologues modernes. Li Shi Zhen a également rédigé une dizaine d’autres ouvrages, dont le célèbre traité sur les pouls « Bin Hu Mai Xue ».

Zhao Xian Ke approfondit le concept de la « porte de la vie », le Ming Men, qui complète la théorie des Organes et Entrailles.
Ce sujet intéressa aussi Zhang Jing Yue (1563-1640) qui, par ailleurs, rédigea le Lei Jing, la plus importante compilation du Nei Jing, sous les Ming. Ses apports dans les domaines du diagnostique, de la médecine interne, de la gynécologie, de la pédiatrie et de la chirurgie, sont présents dans son œuvre maîtresse, le Jing Yue Quan Shu «Oeuvre intégrale de Jing Yue».
La plus importante synthèse sur l’acupuncture est réalisée en 1601 par Yang Ji Zhou (1522-1620) sous le nom de Zhen Jiu Da Cheng (Grande compilation sur l’acupuncture et la moxibustion).

C’est à la fin des Ming et durant la dynastie des Qing que se développa l’« école des maladies de la Chaleur» (Wen Bing Xue Pai), marquant un tournant majeur dans l’étude de l’épidémiologie en Chine. Les concepts de microbes et de virus firent alors leur apparition au cours de cette période sans toutefois être aussi abouti que dans la théorie pasteurienne.

Zhao Xian Ke a rédigé le « Yi Guan » et le « Bin Hu Mai Zué », deux ouvrages majeurs qui traitent du pouls, de la théorie classification des organes, la porte de la vie et de l’énergie fondamentale.

Zhan Jing Yue (1563-1640), médecin prolifique, publia notamment des ouvrages sur le diagnostique par le pouls, la gynécologie, la pédiatrie, la chirurgie et une analyse du « Huangdi Neijing ».

Kang Jing Zhou rédigea la « Grande compilation de l’acupuncture et de la moxibustion ».

Cinq médecins furent à l’origine des ouvrages qui décrivirent pour la première fois la pathogénie des maladies épidémiques connus en médecine chinoise sous le nom de la pénétration de la chaleur à travers quatre couches (Si Fen) et de l’humidité chaleur à travers les Trois Réchauffeurs (San Jiao). Ces concepts décrivent les maladies symptômes des maladies épidémiques, les traitements et les pronostiques de survie. Ces 5 médecins d’exceptions sont :
•    Wu You Ke (1582-1652) qui rédigea le « Traité des maladies épidémiques liées à la chaleur ».
•    Ye Tian Shi (1667-1746) qui rédigea le « Traité des maladies de tiédeur et de chaleur ».
•    Wu Ju Tong (1757–1835) qui rédigea le « Traité de différentiation des affections de la tiédeur ».
•    Xue Sheng Bai rédigea le « Traité des affections liées à l’humidité, chaleur (choléra) ».
•    Wang Meng Yin rédigea le « Traité des maladies chaudes ».

Un autre grand médecin de la dynastie Qing est Wang King Ren (1768-1831). Il s’attacha à erradiquer de la médecine chinoise des erreurs et opinions non fondées qu’elle avait accumulée au cours des siècles. Il rédigea le Yi Lin Gai Cuo (Correction des erreurs médicales) et développa une théorie nouvelle sur les stases de sang (Yu Xue).

Zhi Ti Guang Nian rédigea la « théorie de la globalité de l’être humain ».
Cheng Wu Ji rédigea un commentaire du « Shan Han Lun » de grande valeur permettant d’éclaircir certains concepts fondamentaux.

Époque contemporaine

La révolution de 1911 marqua la fin de la dynastie Qing. En 1929, des chinois formés à la médecine occidentale demandèrent l’interdiction de la médecine traditionnelle chinoise. La réaction de la population fut violente et, à l’issue d’un grand rassemblement, le 17 mars 1929 à Shanghai, une pétition fut adressée au gouvernement pour protester contre cette décision. La médecine chinoise fut réhabilitée et, depuis, le 17 mars est fêté comme le jour de la médecine traditionnelle en Chine. Cependant, d’autres conflits, opposant ces deux systèmes médicaux, virent le jour, durant les décennies qui suivirent.

A partir des années cinquante, le gouvernement chinois essaya de favoriser la coopération entre ces deux médecines. L’enseignement de la médecine chinoise fut réorganisé, d’abord par l’intermédiaire d’instituts privés, qui furent ensuite nationalisés. Aujourd’hui, les études de médecine occidentale et de médecine chinoise ont lieu en parallèle et font l’objet de cycles de durée identique.

L’occident a découvert la médecine chinoise au cours du XVIème siècle, essentiellement par l’intermédiaire des missionnaires jésuites. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, de nombreux ouvrages médicaux évoquent les techniques de diagnostique et de traitement de l’extrême-orient. Au XIXème siècle, des médecins occidentaux commencent à pratiquer l’acupuncture de façon empirique, du fait de l’absence de sources théoriques. A partir de la fin du XIXème siècle, ce sont les diplomates qui jouent un rôle important dans l’importation de cette discipline. Celui dont l’influence fut la plus déterminante est Georges Soulié de Morant qui, après avoir été consul de France en Chine, au début du siècle, introduisit en France les premiers fondements de l’acupuncture.